En 2022, des vétérans de CD Projekt RED et d’un The Witcher 3, qui a marqué le monde du jeu vidéo de son empreinte il y a déjà 11 ans, annonçaient fonder Rebel Wolves, un studio promettant d’offrir des « expériences RPG solo inoubliables ». Quatre ans plus tard, cela va se concrétiser par la sortie ce 3 septembre 2026 sur PC, PS5 et Xbox Series de The Blood of Dawnwalker. Soit un RPG dark fantasy qui partage énormément de points communs avec The Wild Hunt, mais en plus moderne et, surtout, avec un twist vampirique aussi ingénieux que prometteur. Ce nouveau studio composé de développeurs chevronnés et talentueux a-t-il tenu ses promesses avec son premier titre ? Notre avis dans ce test après avoir mordu à pleines dents dans sa version PC.
Après avoir goûté au prologue de The Blood of Dawnwalker dans notre précédente preview, qui nous avait clairement donné envie d’en voir plus, nous avons donc cette fois pu pleinement étancher notre soif avec la version complète du premier jeu de Rebel Wolves. Et force est de constater en préambule de ce test que, si l’influence de The Witcher 3 est évidente compte tenu du CV de ses développeurs, il ne s’agit en aucun cas d’une pâle copie, mais bien d’un nouveau RPG dark fantasy qui ne démérite pas de s’assoir à la table des plus grands. Ce justement en grande partie grâce à sa thématique vampirique utilisée avec beaucoup d’intelligence et de justesse. Bienvenue à Vale Sangora, Dawnwalkers (ou Vespéraux, dans la langue de Molière).
The Blood of Dawnwalker, bien plus qu’un The Witcher 3 avec des crocs de vampire
Dès son synopsis de départ, The Blood of Dawnwalker propose des prémices particulièrement intrigants pour toucher la corde sensible des amateurs de RPG dark fantasy. Il place en effet son intrigue dans les Carpates du 14ème siècle, et plus précisément dans la région fictive de Vale Sangora, berceau d’une ancienne civilisation séculaire, d’hommes et femmes profondément chrétiens, mais aussi d’uriashis, une espèce d’hybrides humain/chèvre. Cette enclave entourée de montagnes est depuis quelque temps sous la coupe de Brencis, un vieux et puissant vampire, qui exerce avec sa clique de trois autres congénères tout aussi terrifiants, un contrôle tyrannique sur la vallée. En échange de leur protection et de leur fluide vital empêchant la peste de faire les mêmes ravages que dans le reste de l’Europe à cette époque, il puise en effet le sang de ses habitants une fois par lune, avec une milice qui fait sa propre loi sur ses compatriotes.

Au milieu de ce cadre particulièrement sombre que nous propose The Blood of Dawnwalker, nous incarnons Coen, un jeune homme aîné d’une fratrie de quatre, qui fait comme il peut pour soutenir son père alors que sa mère souffre d’une déchirante maladie mentale. Dans des circonstances que nous n’allons pas divulgâcher, sa vie va être profondément bouleversée, alors qu’il se fait transformer en Vespéral, un être humain de jour et vampire la nuit ; et que sa famille se fait enlever par Brencis. Il a alors 30 jours et 30 nuits pour les sauver avant que le seigneur vampirique ne les sacrifie pour la célébration de son couronnement.

Ainsi se présente l’objectif principal de The Blood of Dawnwalker, alors que Coen devra lutter avec sa part assoiffée de sang, chercher des alliés et saper les forces de Brencis afin de venir au secours de ses êtres chers. Comment y parvenir, ce sera entièrement à la discrétion des joueurs au fil de l’exploration d’un vaste monde ouvert et de la résolution de différentes quêtes. Comme dans The Witcher 3, les développeurs chevronnés de Rebel Wolves ont mis dans leur nouveau jeu une grande emphase sur l’importance des choix des joueurs, leur impact sur le cours des événements, et sur une écriture de très haute volée. The Witcher 3 avait été salué pour le caractère passionnant de ses quêtes, même secondaires, et l’aventure de Coen n’est clairement pas en reste.
On peut par exemple essayer de rester le plus humain possible et prendre les décisions les plus honorables, embrasser le côté sombre de sa part vampirique dans sa quête de puissance pour vaincre Brencis, ou un mélange des deux, et cela se reflète sur l’opinion qu’ont les autres sur Coen, dans un sens comme dans l’autre. Mention spéciale à ce propos à des personnages tous plus fascinants et tout en contrastes les uns que les autres, tant du côté des alliés (et plus si affinité) comme Anca, l’ancienne nonne devenue sorcière, Lacria, la vampiresse qui a beaucoup perdu de son humanité au fil de sa longue existence ou Râle, le chef malgré lui de la rébellion contre l’oppresseur vampirique ; que de celui des antagonistes tels que Brencis et ses lieutenants. Le tout est par ailleurs porté par une VF de solide facture et une VO d’encore meilleure facture pour donner encore plus vie (ou non-vie, c’est selon) à ce casting haut en couleurs.

On aurait même tendance à dire que The Blood of Dawnwalker arrive à dépasser son cousin sorceleur grâce au combat symbolique tant intérieur qu’extérieur de Coen entre la lumière et les ténèbres, l’humain et le vampire, qui résident en lui. Libre en effet aux joueurs de laisser la bête et la soif prendre le dessus pour finalement s’allier avec son pire ennemi, voire à laisser mourir sa famille, si le cœur vous en dit. Cette double identité ouvre ainsi énormément de portes passionnantes pour le jeu de rôle pur, en plus de permettre à Rebel Wolves de proposer un gameplay également doublement intrigant.
Le jour et la nuit entre les parts humaine et vampirique de Coen
Au-delà des possibilités scénaristiques qu’offre The Blood of Dawnwalker avec un Coen tiraillé entre sa part humaine et l’autre vampirique, cela se traduit en effet également par une complète dualité dans la manière de le contrôler. De jour le jeune homme montre clairement de nombreuses similitudes avec le gameplay global de The Witcher 3, mais forcément modernisé et fluidifié. On se déplace grossièrement de façon similaire, on traque des pistes pour résoudre des quêtes et des missions annexes comme le sorceleur avec des « sens affûtés » mettant les éléments importants en surbrillance, on se bat à l’épée avec à peu près la même gestuelle, mais on troque les Signes pour une magie du sang qui nous coûte de la santé contre différents pouvoirs pour le coup plutôt originaux.

Quand la nuit tombe, The Blood of Dawnwalker se démarque en revanche grandement de son illustre cousin, alors que Coen laisse sortir les crocs et les griffes de sa forme vampirique. Il peut alors se déplacer en se téléportant, en se collant aux murs, abandonne la magie du sang pour des pouvoirs vampiriques aussi viscéraux que satisfaisants à utiliser, et ses griffes s’avèrent justement plus redoutables au combat qu’une épée, qui compense cependant cela par des techniques exclusives et particulièrement efficaces. En contrepartie, il ne peut toutefois que consommer du sang pour se soigner. Mais cette faiblesse est assez dérisoire par rapport au sentiment de puissance grisant qui se dégage de cette forme. Il est alors très difficile de ne pas se laisser séduire par cette part vampirique si jouissive à jouer, mais également macabre. Si d’aventure vous ne pensez pas à vous soigner, il se peut en effet que, durant un dialogue, même avec un PNJ majeur de l’histoire, vous n’ayez d’autre choix que céder à la soif. Coen va alors, dans une cinématique particulièrement troublante, vider le personnage de son sang et le tuer sur le coup, mettant ainsi totalement fin aux quêtes en lien avec celui-ci.

Compte tenu du fait que nous avons, si on veut sauver notre famille, 30 jours et 30 nuits pour y parvenir, il faudra forcément composer avec les deux faces du gameplay de The Blood of Dawnwalker. Cela se traduit notamment par des points de compétences à gagner en montant de niveau (jusqu’à un maximum de 50) ou en finissant certaines quêtes et activités, à répartir dans trois arbres : Général (applicable de jour comme de nuit), Sorcellerie (exclusive au jour) et Vampire (uniquement la nuit, évidemment). De même, nous disposons de deux sets d’équipement pour nos formes humaine et vampirique, puisque certains octroient des bonus exclusifs à l’une ou l’autre. On peut par exemple trouver une pièce d’armure (torse, bras, jambes et pieds) ou un bijou (amulette et deux anneaux) avec de la santé maximale humaine, tandis qu’un autre équipement augmente les dégâts de nos griffes vampiriques, entre autres exemples.
À force de gagner en expérience et de bien s’équiper, chacune des formes de The Blood of Dawnwalker finit par proposer un gameplay aussi différent qu’il est satisfaisant. De jour, on pourra en effet enchaîner les sortilèges et les techniques d’épée dévastatrices, et de nuit éviscérer nos ennemis, voire les contrôler mentalement ou les faire exploser dans une purée de sang. Là où le titre de Rebel Wolves fait par ailleurs encore mieux que The Witcher 3, c’est justement dans ses combats, nettement plus proactifs, avec notamment un système à quatre directions pour attaquer et parer, qui rappelle celui de Kingdom Come Deliverance. On peut toutefois pester contre un bestiaire manquant de diversité, chaque type d’ennemi disposant grossièrement de deux ou trois patterns qu’on finit vite par apprendre par cœur. De même, le verrouillage des cibles a tendance à faire n’importe quoi quand on affronte plus d’un opposant, passant parfois sans raison à un autre adversaire sans qu’on ait rien demandé.

Pour toutes ces raisons et malgré les caprices de la caméra dans les combats, The Blood of Dawnwalker n’est en soi pas particulièrement difficile. Même en Difficile, nous avons certes eu quelques problèmes au début par manque d’expérience et avec un Coen qui faisait ses premières armes, avant de devenir absolument inarrêtables après avoir débloqué quelques compétences particulièrement puissantes. À noter toutefois qu’il existe un mode de difficulté encore au-dessus, qui désactive l’indicateur visuel de direction des attaques/parades, avec des adversaires ayant moins de vie, mais qui risquent aussi de vous tuer en un ou deux coups. Si vous cherchez le challenge maximal, vous devriez donc opter pour cette option. Autrement, vous devriez pouvoir apprécier le jeu sans trop transpirer.
Randonnées bucoliques dans les Car(à)pates, mais avec un arrière-goût poussiéreux
Autre point sur lequel les développeurs de The Blood of Dawnwalker se sont appuyés sur leur expérience avec The Witcher 3 : le monde ouvert dans lequel Coen va évoluer durant ces 30 jours et 30 nuits, voire au-delà. Avant d’aller se frotter à Brencis, nous aurons en effet fort à faire pour gagner en expérience, trouver des alliés et affaiblir les forces adverses. À force de saboter leur plans, Brencis et sa clique finiront d’ailleurs par prendre des mesures afin de ralentir notre effort de rébellion. Cela prendra diverses formes comme des campements supplémentaires, voire des chasseurs de primes ou des couvre-feux dans les bourgades. Une manière habile et intéressante d’illustrer l’impact de nos actions sur le monde qui nous entoure.

Nous aurons ainsi à notre disposition les classiques quêtes à lancer à partir de points précis, mais aussi pléthores d’activités annexes comme justement des opérations de lieutenants vampiriques à saboter, de camps de soldats à nettoyer, d’habitants de Vale Sangora à aider, de monstres à traquer, de rituels à exorciser ou encore de ruines à piller, entre autres exemples. Il y a donc clairement de quoi faire pour ne pas s’ennuyer pendant les dizaines d’heures que promet le jeu. Dans notre cas, en ayant fait toutes les quêtes principales de nos alliés, occis Brencis et ses lieutenants avant la fin du mois imparti et fait la plupart du contenu à notre disposition, nous en avons eu pour une cinquantaine d’heures en essayant d’explorer le plus de fins différentes possibles, le tout en Difficile. Soit une durée de vie conséquente, mais pas écrasante non plus.
Si The Blood of Dawnwalker se montre particulièrement généreux dans son temps de jeu et les diverses activités à notre disposition, il le fait toutefois avec un système de monde ouvert qui sent aujourd’hui pas mal la poussière. Grossièrement, il reprend le même modèle que celui de The Witcher 3. Si celui-ci était marquant 11 ans plus tôt, de l’eau (ou du sang ?) a coulé sous les ponts depuis, et cette formule n’est plus aussi plaisante en 2026. Résultat : on a globalement un grand terrain de jeu, mais quasiment vide en-dehors des villes, villages et points d’intérêts principaux des quêtes et activités annexes, à l’exception de quelques coffres renfermant du maigre butin bon à vendre ou jeter et des bêtes sauvages ou soldats en patrouille. On passe donc généralement son temps à tracer tout droit vers le prochain point sur notre carte, sans trop s’intéresser à ce qui nous entoure.

Cela se reflète par ailleurs dans la direction artistique et technique de The Blood of Dawnwalker qui brille dans les passages importants de l’histoire et par certains endroits de Vale Sangora, mais qui perd un peu de sa saveur avec des décors relativement classiques dans une grande partie des paysages sauvages à explorer. Nous avons ceci dit vécu une aventure plaisante à regarder, le tout avec les graphismes en ultra à 1440p sur notre puissant PC de test à plus de 100 fps constants, sauf dans la ville principale où on a relevé de fortes chutes en-dessous des 60 fps durant la journée, lorsque les rues étaient bondées de monde. Reste à voir comment le jeu tournera sur des configurations plus modestes, et si le Patch Day One promis par Rebel Wolves viendra améliorer les choses, notamment sur consoles avec un mode Performance à 60 fps, sauf malheureusement sur l’éternelle brebis galeuse qu’est la Xbox Series S, bloquée à 30 fps. Enfin, nous pouvons aussi signaler plusieurs petits bugs de collision un peu gênants par moments ou de scripts nous forçant à relancer une sauvegarde antérieure, mais autrement pas grand-chose ayant vraiment cassé le jeu ou bloquant complètement la progression.
